Edito Janvier : « La dictadure du bruit et la force du silence »

1er janvier 2018

Nous avons fini l’année dans un climat profondément priant : Le conseil pastoral de saint Agricol a suivi les Exercices Spirituels de Saint Ignace dans la vie pour entrer dans l’école du discernement que le pape François ne cesse de demander aux chrétiens du XXI siècle (cf. Synode des jeunes 2018).

Pendant 60 jours chaque matin à 6h30, grâce aux techniques de communication modernes (Confcallr.com), la clochette du monastère invisible sonnait pour écouter la parole de Dieu selon le pèlerinage de foi que saint Ignace a donné comme patrimoine à toute l’Eglise.

Cela a été une grâce pour moi d’accompagner ce parcours "dans la vie". Prier ensemble pour apprendre à écouter l’Emmanuel, (Dieu "avec nous"), mieux discerner personnellement et communautairement les motions de l’Esprit Saint dans la vie, est un vrai cadeau. L’âme devient plus fine pour entendre les appels concrets des missions qu’Il nous confie et surtout les « comment », les « accents », la profondeur.

Cela n’a pas été sans fruits. Évidemment nous ne pouvons pas les connaître tous. Seul Dieu sait. Mais nous récoltons déjà les plus visibles :

La première conséquence est la sérénité qui apprend à échapper à la dictature du bruit d’une société vivant plus au rythme de l’agitation médiatique qu’à l’écoute profonde de ce qui se passe, comme nous l’a dit le Cardinal Sarah lors de son passage par Avignon.
Échapper aussi à l’agitation d’une église contaminée par ce climat : ce n’est pas seulement dans les chiffres et dans les « like » des réseaux sociaux que l’action de l’Esprit prend chair chez les hommes et les femmes d’aujourd’hui et de toujours. Combien d’initiatives apostoliques sont prisonnières de cette dictature du bruit, les rendant souvent incapables de voir et d’accompagner les voies de Dieu ! L’oxygène et les sources de Dieu circulent plus profondément que cela, et ont, aujourd’hui encore, une puissance de régénération énorme, si nos racines les touchent. 

La deuxième conséquence a été de prendre au sérieux que seule la sainteté de vie et le combat contre le péché permettent à l’évangile d’être significatif dans nos vies et dans notre société. Le pessimisme social généralisé ne se guérit pas à coup de proclamations par des haut-parleurs aux décibels surpuissants. Les corruptions sexuelles ne disparaissent pas en les couvrant de faisceaux médiatiques. Gommer le péché avec des musiques assourdissantes ne transforme rien. La voie purificatrice des exercices nous a amené à comprendre ce que le Sauveur a vécu dans sa passion, à cause de l’homme. Nos yeux purifiés nous permettent de mieux vivre la synergie avec Lui au-delà de l’efficacité apparente. Quel bonheur d’apprendre à être sauvés et réconfortés par Lui en route.

La troisième conséquence a été justement de confirmer le sens profond du baptême : « tous et chacun responsables de la mission ». Le vrai sens d’un pôle missionnaire n’est pas un clergé « expert en technique et en management » mais une vraie communion d’écouteurs et coopérateurs de l’Esprit dans laquelle le sacrement de l’ordre prend tout son sens (LG 10). Le tissu est fait par Dieu avec des harmoniques que Lui seul peut donner. Le discernement de l’Esprit ne se réfère pas qu’aux fonctionnalités pratiques de la paroisse mais à l’accomplissement des personnes et par là même à la transformation des situations. Là, chacun est à sa place divine (différente de nos organigrammes) : le dernier arrivé peut-être plus fécond que le titulaire clérical. C’est le sens des minorités créatives qui nous accompagne depuis deux ans. Chaque laïc qui prend au sérieux la voie unitive est un vrai coopérateur de la vigne, jouit du bien en lui-même et de la joie de le vivre ensemble. Cela façonne une vie communautaire « parlante » pour tous.

Commencer l’année en traversant les bruits amène à la quatrième conséquence qui est le chantier de fond qui nous habite comme un programme de longue haleine. Récemment, un auteur (Rod Dreher) l’a appelé "L’option bénédictine" ou « Comment rester chrétien dans un monde qui ne l’est plus ? ». Il pointe le fait que modeler toute sa vie personnelle et communautaire par l’évangile et ses vertus est l’unique façon de retrouver le sens et la saveur de Dieu pour vivre véritablement la Bonne Nouvelle de manière féconde. Comme nous l’avons dit dans l’édito d’octobre, le spiritualisme ecclésial dominant ne peut pas développer cette option. Le pari pour nous dans cette retraite est de le dépasser, avec toutes les conséquences que cela implique : le vrai sens de la pastorale à l’écoute de Dieu qui dans le silence ne cesse de vouloir s’incarner pour guérir notre monde ! Que c’est beau, et qui plus est, menacé par personne. Cela pourrait être seulement menacé par nous-mêmes si, au lieu d’entrer dans la profondeur de l’écoute, nous restions tenaillés par les urgences.

Merci à tous ceux qui m’ont permis de vivre cette aventure. Je pense pouvoir la vivre aussi au cours de cette année qui commence avec tous les secteurs de la paroisse : les jeunes, la préparation des sacrements, l’adoration etc. et avec tous ceux qui veulent le faire tout simplement.

Le pèlerin de Loyola continue de nous accompagner. C’est ce que veut dire le pape François, jésuite, toujours en compagnie de Jésus, quand il nous invite au discernement ! Bonne année 2018 ! Et celles qui suivront car la profondeur du souhait ne se limite pas à quelques mois,

P. Paco Esplugues